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INFO BFM BUSINESS. "2.000 maisons empêchées par an"

Publié le 21/10/2024

Bordeaux Métropole accusée de freiner la construction en pleine crise du logement

L'entreprise Villes Vivantes attaque Bordeaux Métropole devant le tribunal administratif et l'accuse de freiner volontairement les constructions sur plus de 70.000 terrains en pleine crise du logement. La collectivité met en avant la préservation d'espaces verts et les enjeux de sécurité.
 

La promesse a de quoi faire rêver tous ceux qui se cognent au mur de la pénurie de logements. L'entreprise Villes Vivantes estime que potentiellement 2.000* maisons par an pourraient être construites dans la métropole bordelaise, dans des communes attractives, bien desservies et sans défigurer l'environnement.

Villes Vivantes a fait de la "densification douce" son cœur de métier. Très concrètement, elle accompagne les particuliers des zones pavillonnaires qui souhaitent faire construire une maison dans leur jardin ou vendre une partie de leur terrain constructible.

"Il ne s'agit pas de bâtir des immeubles mais des maisons dans des communes qui bénéficient déjà de tous les services publics, des transports et des équipements", expose David Miet, le fondateur de cette société qui accompagne aussi les collectivités dans leurs projets d'urbanisme.

Mais selon l'entreprise, Bordeaux Métropole freine des quatre fers en empêchant ces constructions via une règle de son Plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi). Dans un certain nombre de secteurs résidentiels, ce document interdit en effet la création de voies d'accès.

"Cela empêche de facto la construction d'une maison dans un jardin car les futurs habitants n'auront pas d'accès pour rejoindre la rue", explique David Miet.

Selon l'avocat de l'entreprise, cette disposition est illégale. La société a donc décidé de la contester devant le tribunal administratif de Bordeaux.

Une vision trop "théorique et mathématique"

Selon les calculs de David Miet, ce sont 70.000 terrains qui sont concernés pour un potentiel de 100.000 logements. En retenant un taux de construction de 2% par an, l'entreprise arrive au chiffre de 2.000 logements "empêchés" chaque année. Pour elle, c'est aussi une question de justice sociale et environnementale.

"Tous ceux qui n'ont pas les moyens de se loger dans la métropole doivent habiter à 30 voire 40 kilomètres de leur lieu de travail, car les activités économiques continuent d'être concentrées en ville", souligne David Miet. Il pointe les émissions de gaz à effet de serre induites par ces trajets en voiture.

De son côté, Bordeaux Métropole rappelle qu'elle remplit ses objectifs annuels de construction. Elle met aussi en avant les 3.000 logements sociaux autorisés et les 126 millions d'euros de budget consacrés au secteur en 2023, "sans pour autant brider l’initiative privée". Simplement, "certains secteurs sont à développer, d’autres à apaiser".

Selon Marie-Claude Noël, vice-présidente de Bordeaux Métropole en charge de la stratégie urbaine, l'approche de Villes Vivantes est trop "théorique et mathématique".

"Dans certaines communes les constructions dans les jardins sont autorisées, dans d'autres non, la maîtrise de la construction évolue constamment en fonction des dynamiques urbaines", explique-t-elle.

"Conserver des îlots de fraicheur"

Mais alors comment la collectivité choisit-elle les secteurs à préserver? Sans préciser quels critères précis avaient été pris en compte pour les 70.000 terrains concernés, Marie-Claude Noël évoque "la pression sur le foncier avec beaucoup de constructions". Elle note surtout "le souhait de conserver des espaces de respirations, des îlots de fraicheur, des zones non imperméabilisées".

Un argument que réfute en partie Villes Vivantes. Le bureau d'étude s'appuie sur ses observations pour affirmer que, dans un grand jardin, la biodiversité est souvent moins élevée. "Souvent ce sont des personnes assez âgées, elles ne peuvent pas forcément s'occuper d'un grand terrain et mettent de la pelouse", assure David Miet.

"À l'inverse, si on divise les terrains, on multiplie par deux le nombre de jardiniers, et on a plus de plantations et de biodiversité."

Marie-Claude Noël insiste aussi sur "la nécessité de se connecter avec une desserte de transports en commun importante". Enfin, elle pointe les questions de sécurité:

"Est-ce qu'une multiplication des bandes d'accès se grefferait bien dans le tissu urbain actuel?"

On peut toutefois noter que l'approche d'interdiction de Bordeaux Métropole ne permet pas une observation de la faisabilité au cas par cas.

La collectivité et plusieurs communes de la métropole bordelaise ont par ailleurs été pointées du doigt par un rapport de la Cour des comptes qui note la multiplication des chartes "qui ne reposent sur aucun fondement légal, et qui ajoutent des prescriptions d’urbanisme". Certaines de ces "stratégies de contournement" peuvent être facteurs "d'enlisement des demandes" de permis de construire.

David Miet estime pour sa part que les mairies sont soumises à "une minorité bruyante de riverains qui refusent les constructions dans leur quartier".

 
 
"Une partie de ceux qui ont réussi à s'installer refusent que d'autres aient accès aux endroits bien desservis et dynamiques", dénonce-t-il.

Ainsi, pour David Miet, les maires ne veulent pas construire par peur de se mettre les citoyens à dos et de ne pas être réélus aux prochaines élections municipales, qui arrivent dans moins de deux ans.

 

 

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